Le Kamu Lodge, ou les difficultés du « tourisme ethnique » au Laos

Kamu Lodge, une station de vacances dirigée par la firme ExoTravel, sur les bords du Mékong à trois heures de bateau au nord de Luang Prabang est une expérience de « tourisme ethnique », qui se veut respectueuse du mode de vie des minorités et même contribuer à leur développement. Onze ans après le début du projet, les leçons sont nombreuses et Duangmala Phommavong, qui représente ExoTravel au Laos, reconnaît que toutes ces années n’ont guère été un long fleuve tranquille.

« Quand nous sommes arrivés, nous avons compris les difficultés. L’idée était d’aider au développement du village, mais nous avons constaté qu’il n’y avait pas de demande du côté des villageois. En gros, ils nous disaient : ‘on n’a pas besoin de vous, on n’est pas intéressés’ », explique-t-elle.

La station est un regroupement de tentes africaines environnées de rizières vert émeraude qui bordent le fleuve. C’est un lieu de vacances idéal pour des Occidentaux en quête d’exotisme et de tranquillité, dans un environnement qui permet aussi un contact direct avec la population locale : Nuei Hay, un village de la minorité ethnique Khmu se trouve à 100 mètres du « lodge » auquel il a donné son nom.

Village Khamu et station de vacances sont, au départ, comme séparés par un mur invisible. L’ensemble du personnel doit être amené de la ville de Luang Prabang. Mais petit à petit, la greffe délicate commence à prendre, et des villageois s’impliquent dans le projet.

« Le premier villageois Khmu à travailler pour nous a été un homme, un peu délaissé dans le village, qui s’est proposé pour travailler comme gardien du lodge. Je lui suis reconnaissante d’avoir eu ce courage », raconte Duangmala. Aujourd’hui, onze ans après le lancement du projet, l’ensemble du personnel est issu du village. Et le « lodge » est devenu un facteur économique clé dans l’amélioration de la vie des quelque 400 Khmu de Nuei Hay. « Pour chaque client qui vient au Kamu Lodge, un dollar est mis de côté pour le village. Cela fait une trésorerie assez importante à la fin de l’année, que les villageois peuvent utiliser pour acheter des cochons, des vaches ou des canards pour leurs élevages », indique Olivier Trafiel, le directeur de Kamu Lodge.

L’idée était d’aider au développement du village, mais nous avons constaté qu’il n’y avait pas de demande du côté des villageois.

Les touristes du Kamu Lodge peuvent participer à une série d’activités, du trek dans les montagnes environnantes au tir à l’arbalète sur des cibles (une spécialité des Khamu), sans oublier le replantage des pousses de riz, dans les rizières du village. « C’est vraiment une expérience comme je n’en ai eue nulle part ailleurs. Ce que je retiens, c’est le côté apaisant, un peu coupé du monde », estime Anne Bonnefoy, une touriste venue de France. « On va à la rencontre des gens, des autochtones. Sans pour autant être trop ostentatoire et en gardant une certaine distance, car on n’est pas là pour les déranger », ajoute-t-elle.

Mais comme beaucoup de projets de tourisme durable, le Kamu Lodge est confronté au délicat problème de la «re-création d’une fausse authenticité ». Dans certains villages du nord de la Thaïlande, des membres des minorités montagnardes sont payés pour enfiler des « costumes ethniques », qu’ils ne portent plus depuis longtemps. L’anthropologue Erik Cohen a ainsi montré comment certains villages de montagne du Nord de la Thaïlande sont divisés en une partie frontale visitée par les touristes et où les villageois sont habillés de costumes ethniques et pratiquent des activités traditionnelles qui correspondent à l’imaginaire des touristes, et une partie arrière où se déroule la vraie vie du village.

« On n’est pas arrivé avec l’idée de garder l’authenticité du village. On prévient les clients de ne pas s’attendre à voir les Khmu avec des costumes Khmu et des maisons traditionnelles Khmu. Nous ne voulons pas forcer les villageois. Mais d’un autre côté, on les encourage à transmettre leur savoir faire et leurs coutumes aux nouvelles générations, ainsi qu’à faire de la vannerie », indique Duangmala.

L’un des paradoxes du « tourisme ethnique » est la résurrection de pratiques traditionnelles tombées en désuétude et leur transformation pour les adapter au marché touristique, comme l’a montré l’expérience de plusieurs pays d’Asie du Sud-Est.